[Magie] Magie des sceaux

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

[Magie] Magie des sceaux

Message par nécroX le Mar 12 Mai - 20:41

La magie des sceaux : une magie qui ne détruit même pas !!


Pourquoi sceller
S’il est une magie compliquée, intellectuelle et dangereuse, c’est bien la sigillomancie, c’est-à-dire l’art de sceller des choses. Mais on peut rarement faire sans. Dans ce monde où nous vivons, la nature humaine, les hasards de la magie et les budgets d’effets spéciaux permettent régulièrement à des monstres, démons, avatars et autres fléaux de se retrouver en position de détruire le monde. Or les règles sont incontournables : ce genre de problème ne peut être éliminé que par un jeune premier, élu des dieux ou au moins d’une prophétie, héroïque en diable. Mais surtout, la créature doit être percée d’une épée, bien entendu magique et/ou bénie (1). Bref, un héros doit défaire le monstre en combat singulier et le tuer de son épée. Aucun vecteur d’apocalypse n’a jamais été renvoyé dans les limbes à la hache, la massue, la sarbacane ou la baliste(2).

Mais il se trouve que quand le monde, ou un de ses morceaux, court à sa perte, le héros et son épée ne sont pas toujours disponibles. Les épées légendaires et les élus sont très demandés, leurs agendas sont remplis et leurs tarifs élevés. Ou le monstre est simplement en avance d’une génération, et le héros est encore dans les langes.
Pas trente-six solutions dans ces cas-là : il faut sceller la créature. Puisqu’on ne peut pas la tuer, on l’emprisonne et on la garde au frais pour plus tard (3).


Comment faire, et pourquoi vous ne voulez pas en arriver là

Il s’agit, par un rituel, de prendre prise sur l’essence de l’ennemi, de la comprimer et de la fondre dans un vecteur où on l’oblige à rester dissoute. Ce vecteur peut être une gemme, un rocher, une arme, une lampe à huile, ou un sale gosse blond avec des griffures de chat sur les joues.

Naturellement, c’est de la théorie magique de haut niveau. Alors, rassembler la puissance magique avec toute la précision requise, prendre le contrôle sans faillir d’une force vitale colossale, tracer des cercles et des runes, tout ça sous le nez du dragon noir qui ne se sent pas prêt à troquer un futur proche de carnage amusant contre des siècles d’ennui au sein d’une babiole, ça n’a rien d’une tasse de thé.
C’est une des raisons pour lesquelles il n’existe quasiment aucun sigillomancien professionnel : personne n’a envie de faire de ce genre de sport sa vie quotidienne. De toute façon, le ou les mages qui se livrent à cet exercice laissent généralement leur peau au premier essai, soit parce que le béhémoth a dégainé plus vite, soit parce que toute leur force vitale a été pompée par le rituel.

Les raisons de n’y pas survivre sont multiples (4) : chaque étape du rituel est propice à une mort plus ou moins évitable.

• Il faut exécuter le rituel en vue de la cible. Ce qui veut dire qu’elle vous voit aussi.
• Afin d’avoir prise sur l’essence de la cible, il faut que celle-ci soit entourée d’un cercle magique complexe, chaque fois différent. L’avantage, c’est qu’on peut l’associer à un cercle magique de contention. L’inconvénient, c’est qu’il faut le tracer, ce cercle.
• Même avec le cercle, la compression et l’enfermement d’une force vitale de grande ampleur demandent une quantité de magie incroyable. Même si les mages s’y mettent souvent à plusieurs, les morts par épuisement sont monnaie courante.
• Sans compter que l’incantation est rarement courte, et la créature tout aussi rarement pourvue de patience.
• Enfin, la partie la plus technique : le sceau doit pouvoir endurer le passage des siècles (5). Quitte à sacrifier les meilleurs lanceurs de sorts de la contrée, autant ne pas recommencer dans dix jours. Afin d’assurer l’auto-entretien du sceau et le maintien de l’essence à l’état dissous dans le vecteur, il est fréquent que le scelleur sacrifie sa vie pour l’incorporer dans le sceau, où elle fournira l’énergie nécessaire pour contrer la pression de l’énergie vitale du monstre enfermé.


Dans quoi sceller

Le choix du vecteur est lui-même important. Car quel que soit le sceau, il ne dure qu’autant que son support matériel. Chaque sceau est différent, et en théorie briser le réceptacle a autant de chances de tuer la créature scellée que de la libérer. Mais c’est la théorie, et en pratique vous n’avez pas envie d’essayer sur une simple probabilité. Probabilité inversement proportionnelle à la puissance du sceau, elle-même liée à la puissance du monstre. Donc en gros, plus le monstre emprisonné est balaise, plus la destruction du sceau a de chances de le libérer et non de le détruire. Voilà pourquoi, quand on scelle, on ne le fait pas dans n’importe quoi.

Donc, premièrement, quelque chose de peu fragile. Oubliez le vase de cristal de tante Muriel, même si c’est pour sceller le vampire qui l’a tuée. Il y aura toujours des gens pour vouloir libérer le monstre, vous ne voulez pas qu’ils puissent le faire avec un simple lance-pierres.
Inutile de prendre un objet anodin pour qu’il soit plus facile à dissimuler, les réceptacles irradient la magie à vingt pas. Sceller un démon dans un autocuiseur l’humiliera sans doute, mais n’aidera pas à la discrétion : il ne faudra pas deux mois pour que tous les bardes chantent votre Cocotte-minute of Horrid Suffering.
Le plus souvent, l’objet (ou le lieu, car on peut sceller dans le sol) est gravé de runes et pentagrammes supplémentaires, qui renforcent et pérennisent le sort. Ça peut, par exemple, vous éviter de sacrifier votre vie pour rendre le sceau permanent, donc pensez-y.
Dans certains cas (voir plus bas), l’objet peut acquérir des pouvoirs. Choisissez-le en conséquence : l’essence d’un démon majeur a plus de possibilités d’usage dans une arme que dans une bicyclette (6).

Certains mages ou prêtres résolvent le problème de la durée du sceau en le liant à une source d’énergie permanente et extérieure. Un des meilleurs exemples est celui d’Ivard le Renégat, un prêtre de la période ayant suivi les guerres du Chaos. Il rejeta son ordre et créa plus d’une dizaine de sectes noires dédiées à la vénération de démons majeurs, survivants des guerres du Chaos. Seuls ses supérieurs savaient que l’énergie issue des prières des hérétiques servait en fait de combustible pour alimenter le sceau d’Ivard qui maintenait ces mêmes démons emprisonnés dans l’autel du temple de la secte. Grâce à cette brillante arnaque, Ivard fut l’un des rares scelleurs professionnels à aligner un CV aussi fourni.
La faille de ce type de sceau est, bien sûr, que l’épuisement de la source d’énergie entraîne automatiquement la levée du sceau. Dans le cas d’Ivard, 70 ans après sa mort, des compagnies de paladins avides d’exterminer des adorateurs de démons réduisirent à néant la quasi-totalité de son œuvre.

La suite logique d’un tel raisonnement est bien sûr le scellement dans un être vivant, dont l’énergie vitale assurera le maintien du sceau. Dans les forêts elfiques, plus d’un arbre millénaire contient une mauvaise surprise d’un siècle passé, et c’est une des raisons pour lesquelles les elfes n’aiment pas les bûcherons.
Sceller dans un être intelligent peut, là encore, lui confier des pouvoirs, mais le risque que la créature scellée prenne le contrôle de son esprit est grand. En compensation, tuer l’hôte augmente la probabilité de tuer le monstre avec. Un autre effet est de décupler l’espérance de vie de l’hôte, donc pas de souci qu’il fiche tout en l’air en mourant de vieillesse. Par contre, qu’il s’attende à une vie ponctuée de gars à épée venus le pourfendre, lui et la bête en lui (7).


La sigillomancie quand l’avenir du monde n’est pas en jeu

Personne ne se vante de talents en sigillomancie, de peur d’être désigné volontaire pour stopper la prochaine catastrophe ; mais tout lanceur de sorts de bon niveau en possède des notions (8). Les écoles de magie et les temples les mieux intentionnés prodiguent à leurs novices une formation de base, un peu comme le secourisme, au cas où. Mais la sigillomancie a des applications plus réjouissantes et fréquentes que le risque de votre vie pour une noble cause.

Il faut noter que dès lors que la cible du sort n’est pas titanesque et ravageuse, l’exercice devient nettement plus confortable, et peut même parfois se passer de cercle. De plus, dans la vie courante, le sceau n’a pas besoin de traverser les éons, ce qui simplifie encore. Quelques sceaux mineurs peuvent trouver, à moindres frais, une utilisation efficace en combat. Le plus célèbre est le sort de Silence, qui scelle la voix des lanceurs de sorts ennemis ; sceller sa vue, son ouïe, sa magie (plus difficile) est également possible.

Les sceaux, de par leur nature fixe, peuvent aussi fournir d’excellents pièges, en les modifiant un peu pour qu’ils se déclenchent quand l’ennemi entre dans le cercle. Les sceaux déclenchables peuvent aussi être installés sur des artefacts. Ainsi le mage Sasha avait mis au point des boules rouge et blanc qui capturaient les monstres sur lesquels il les lançait (9).

Selon la conception du sort, la cible du sceau ignorera ou non le passage du temps. Si vous êtes face à un compte à rebours à deux chiffres ou si votre allié est victime d’un poison rapide, un sceau temporel peut vous tirer d’affaire. Après tout, la procrastination est la raison d’être de la sigillomancie.

Un exercice délicat mais très utile est la création de sceaux conditionnels. Ces sceaux ne scellent qu’en partie la cible, et permettent à son pouvoir de s’exprimer sous certaines conditions prédéfinies. Par exemple, une salamandre scellée dans votre paillasson, qui peut être libérée temporairement si des démarcheurs sont à proximité. Ou une épée conférant à son porteur la force de la créature enfermée. Certains démonistes se spécialisent là-dedans, et se bardent d’objets contenant des fiélons dont ils acquièrent les pouvoirs. Ils s’en scellent même un ou deux dans le corps, pour se donner un boost personnel.

Enfin, pour terminer sur un aspect qui m’est plus familier, sceller sa propre vie dans un objet extérieur à son corps est la base même du processus de lichéfaction. Une autre application est le scellement de l’âme d’un ennemi après sa mort, ce qui est un des rares moyens certains qu’un comique n’ira pas vous le ressusciter dans le dos.(10)


Les erreurs de débutant à éviter

-Non, congeler la cible jusqu’à la cryogénie n’est pas un sceau. C’est du système D.
-Isolez complètement la créature scellée. Ce qui veut dire mentalement aussi. Combien ai-je vu de naïfs sceller péniblement un ennemi, danser une gigue de victoire, se prendre une Domination en traître et le libérer avec excuses avant d’aller s’ouvrir les veines en fredonnant d’un air absent ?
-Prenez des précautions physiques quand vous voulez sceller une créature à mobilité importante. C’est la vieille ritournelle de potache dans les universités, à propos de cet étudiant qui avait raté le timing pour emprisonner un destrier infernal : « Scelle le cheval, cheval te course, course à pied » (11).
-Sauf si la situation l’exige, ne laissez pas les gens oublier où vous avez scellé le monstre. C’est vrai, quoi, on se tue à emprisonner un démon sous la montagne, et puis les nains se ramènent, creusent trop profondément, réveillent l’ombre et la flamme …
-N’espérez pas, que vous surviviez ou non, une quelconque gloire. Tôt ou tard, l’abomination que vous avez dû vous mettre à trois conclaves pour sceller sera libérée, et peu après occise par un homme seul, à l’épée. C’est de lui qu’on se souviendra. Vous, en comparaison, à trente contre un et même pas capables de la finir, vous aurez l’air de figurants.
-Pour les mages mal intentionnés : faites comme moi. Ne libérez pas des fléaux sur le monde : créez-en. Moins de risque qu’ils se retournent contre vous.


Yrkkel Dawarsen, nécromancien, depuis des siècles du bon côté des fléaux à sceller



(1)L’épée peut être elle-même élue d’une prophétie, ce n’en est que mieux.
(2)Surtout pas la baliste. Attaquer un mal légendaire à distance sûre ? C’est bon pour les non-héros.
(3)Raisonnement valable a fortiori si le monstre est par définition immortel. Auquel cas on choisit un « plus tard » encore plus tardif.
(4) En-dehors de l’impact dramatique évident, quand on racontera au héros comment le monstre qu’il est destiné à tuer a jadis été stoppé au prix de la vie de tel grand mage. Lequel grand mage se serait sans doute bien passé de l’honneur.
(5)Quand les héros se mettent à être en retard, ils n’y vont pas de main morte. Quant aux prophéties, elles ont tendance à être calibrées à l’échelle des temps géologiques.
(6)Quoique … Mighty Crimson Bicycle of Fiendish Speed …
(7)Les gens qui irradient la magie et portent des tatouages complexes en forme de sceau n’ont pas la vie facile.
(8)La preuve, il y a toujours quelqu’un pour sceller le monstre avant qu’il ne détruise vraiment le monde.
(9)Malheureusement le design lamentable de ces sphères fit que le produit n’eut jamais beaucoup de succès.
(10)Et le contraire d’une idée intelligente étant de sceller l’âme du gars dans une boule d’électricité pour le rendre plus puissant et suffisant qu’avant. Le crétin qui rigole, au fond, vous viendrez me voir à la fin.
(11)La suite étant évidemment : « Piétiné, nez en moins, moins 20 pv ».

_________________
Join the dark side, we have cookies.
avatar
nécroX
La Mort en Marche

Masculin Nombre de messages : 1096
Age : 28
Localisation : Si tu poses la question, la réponse n'a déjà plus d'importance.
Archétype : nécromancien en quête du pouvoir absolu
Job/Hobbies : complots arcaniques (pour les deux)
Date d'inscription : 25/06/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum