Essai sur le Libre Arbitre - Arthur Schopenhauer
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Essai sur le Libre Arbitre - Arthur Schopenhauer

C'est ça. Exactement ça. La philosophie, c'est ce que fait Schopenhauer : c'est une science.
Une démonstration logique, il y a une partie bibliographie, il cite d'autres auteurs (beaucoup Kant).
Mais c'est une science avec du cœur et avec des tripes. Le philosophe doit prendre parti et défendre son point de vue ensuite (quitte à se faire des ennemis). Alors que nous autres dev(ri)ons rester froids et objectifs dans les sciences "dures".
Accessoirement, c'est exactement la façon dont on nous demande de faire nos dissertations de philo en Terminale (à part la longueur, et le fait de devoir rester neutre si je me souviens bien au cas où on tombe sur un correcteur qui n'est ni de notre avis ni fair-play).
Par ailleurs, outre la forme qui est vraiment celle d'un article scientifique (voire une thèse vu la longueur), sur le fond il met des mots sur ce que je pressens sans avoir la culture philosophique ni l'habileté pour l'exprimer clairement à propos du libre arbitre.
Il s'agit d'une réponse à une question posée par l'Académie Royale (de Prusse je suppose). J'espère qu'avec ça il a gagné le concours.
<< Le concept empirique de la liberté nous autorise à dire : "je suis libre, si je peux faire ce que je veux" ; mais ces mots "ce que je veux" présupposent déjà l'existence de la liberté morale. Or c'est précisément la liberté du vouloir qui est maintenant en question, et il faudrait en conséquence que la question se posât comme suit : "Peux-tu aussi vouloir ce que tu veux ?", ce qui provient de la question de savoir si la volonté dépend de la volonté d'un autre qui le précède. Admettons que l'on répondrait par l'affirmative à cette question : aussitôt il s'en présenterait une autre : "Peux-tu aussi vouloir ce que tu veux ?" et l'on régresserait ainsi à l'infini en remontant toujours la série des volontés, et en considérant chacune d'elles comme dépendante d'une volonté antérieure ou plus profonde, sans jamais parvenir sur cette voie à une volonté primitive, susceptible d'être considérée comme exempte de toute relation et de toute dépendance. Si par ailleurs la volonté de trouver un point fixe nous faisait admettre une pareille volonté, nous pourrions, avec autant de raison, choisir pour volonté libre et inconditionnée la première de la série, que celle-là même dont il s'agit, ce qui ramènerait la question à cette autre fort simple : "peux-tu vouloir ?". Suffit-il de répondre affirmativement pour trancher le problème du libre arbitre ? Mais c'est là précisément ce qui est en question, et qui n'est pas réglé. >>
<< Aussitôt que nous avons attribué à une force donnée l'attribut de la causalité, et reconnu par conséquent qu'elle est une force active, cette force n'a besoin, dans l'hypothèse d'une résistance, que d'un surcroît d'intensité, dans la mesure de cette résistance même, pour pouvoir achever son effet. Celui qui hésite encore et ne peut pas être corrompu par l'offre de 10 ducats, le sera assurément si on lui en propose 100, et ainsi de suite ... >>
<< Lorsqu'en quelque endroit ou en quelque moment, dans le monde objectif, réel et matériel, une chose quelconque, grande ou petite, éprouve une modification, le principe de causalité nous fait comprendre qu'immédiatement avant ce phénomène, un autre objet a dû nécessairement éprouver une modification, de même qu'afin que ce dernier pût se modifier, un autre objet a dû se modifier antérieurement, et ainsi de suite à l'infini. Dans cette série régressive de modifications sans fin, qui remplissent le temps comme la matière remplit l'espace, aucun point initial ne peut être découvert ni même seulement pensé comme possible, bien loin qu'il puisse être supposé comme existant. En vain, l'intelligence, reculant toujours plus haut, se fatigue à poursuivre le point fixe qui lui échappe : elle ne peut se soustraire à la question incessamment renouvelée : "Quelle est la cause de ce changement ?" C'est pourquoi une cause première est absolument aussi impensable que le commencement du temps ou la limite de l'espace. La loi de causalité atteste non mois sûrement que lorsque la modification antécédente - la cause - est entrée en jeu, la modification conséquente qui est amenée par elle - l'effet - doit se produire immanquablement, et avec une nécessité absolue. >>
<< Jamais aucune cause au monde ne tire son action entièrement d'elle-même. Il y a toujours une matière sur laquelle elle s'exerce, et elle ne fait qu'occasionner à un moment, en un lieu, et sur un être donnés, une modification qui est toujours conforme à la nature de cet être, et dont la possibilité devait donc pré-exister en lui. >>
D'où il découle que chacun réagit selon son caractère, dont il n'est pas responsable, mais que l'expérience lui permet de découvrir, et qu'il peut donc mieux réagir à certaines situations en ajoutant de nouvelles motivations (par exemple : ne pas blesser moralement quelqu'un, ce qui le poussera à adoucir sa réaction naturelle).
Les exemples scientifiques sont un peu datés (on est au milieu du XIXème s.) ainsi que certains exemple, mais dans l'ensemble ça me plaît beaucoup beaucoup.
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